18.11.2011

Habillée d'une robe de tafta, Anne

Habillée d’une robe de tafta et d’un collier de perle, je m’en vais nourrir les poules.

Parée de mes cheveux blancs de vieille dame, de mon sourire d’enfant et de ma baguette magique en forme de cuillère, je m’amuse à nourrir le monde de perle de sagesse.

 

Car oui

je suis une femme sage,

une chamane des temps nouveau…qui le vaut bien !

une sorcière à talon,

une cocotte parmi les poulettes.

 

J’aime mes cheveux blancs témoins de temps passés, des expériences acquises, des épreuves surmontées.

J’aime mon sourire enfantin, témoin de la beauté inaliénable de mon âme lumineuse.

Quel panache d’être grand mère !

 

Je peux tout me permettre maintenant que je n’ai plus rien à prouver…à me prouver.

Je suis une vieille femme. J’ai tellement vécu de vie. J’ai rencontrée tellement d’épreuve et de joie, que aujourd’hui, au seuil du grand passage, j’ose la dérision, la liberté et l’innocence.

 

Je n’ai qu’à vivre, rire et danser.

Je m’affranchie des codes, ose le décalage, écoute la pulsion de vie en moi.

Je suis une femme libre.

 

Paris, 25 septembre 2011

 

13.11.2011

Pour V., Marc

 

 

Pour l’anniversaire de V.

 

 

 

Je suis, cheminant,                  

 

Dans la lumière de mes 60 ans,

 

Majesté debout,

 

Allant sans trêve,

 

Tenace et fière.

 

C’est l’Homme que je cherche,

 

Dans sa splendeur et sa richesse.

 

Tel un aimant, j’attire,     

 

Les chercheurs de sens et les désemparés de la vie.

 

L’excellence est ma vision,

 

Pour l’Homme, debout, qui vient.

 

 

 

Le 9 novembre 2011

 

Combats, Marc

                                           Combats

 

Tonnerres de dieux,

Flots écumants,

Rochers abrupts,

Tourbillons aspirants,

Lointaine est l’île où reposer mon âme.

 

 

Fils de Neptune,

Lesté de mon poids d’Homme,

J’affronte en hurlant,

Ces tempêtes vengeresses.

 

Qui pourra me noyer ?

Qui pourra me vaincre ?

De tous les combats, je sortirais vainqueur,

Je le sais, je le sens.

 

Je suis l’Elément dans les éléments déchainés,

Je suis le gardien de la sérénité,

L’intériorité est mon épée et mon refuge,

En l’Amour seul mon âme se repose.

 

 

 

Le 9 novembre 2011.

08.10.2011

Dans la nuit noire, Marie

 

Dans la nuit noire, je danse mes songes,

 

Tourmente mes draps, disperse mes atours,

 

Gesticule mes élans, trouble mes mémoires

 

Et reformate le disque dur de mon cerveau.

Saute en l’air allongée, je martèle l’obscurité

 

De la pointe de mes pieds aériens

 

Au bout de mes ongles griffus et préhensibles.

Au théâtre de mon inconscient,

 

Je suis l’acrobate aux milles prouesses

 

Pour dire par mes mouvements libres et déliés

 

Ce que je tais à la lumière du jour.

Je suis l’esprit des grands sauts,

 

La puissance d’évocation d’un corps tout entier propulsé,

 

Langage visuel d’un passé revisité.

Fille de Cendrillon, je mute le labeur en fête,

 

L’opprobre en dignité, les guenilles en nudité kayapos.
En moi alterne la lutte contre les fantômes pervers

 

Et la manifestation glorieuse de la lumière de mon être.

Je suis l’athanor divin où fondent les plombs de mon destin

 

Et s’élaborent les ors de ma destinée.
Humble et hautaine, je suis l’émergence de vérités universelles

 

Qui se donnent par le chenal du je, en toute humilité.

 


Je suis un manifeste à la gloire de la Création

 

Et de l’inépuisable résilience qui de chaque humain

 

Fait un quêteur d’essentiel.

 


Je danse et je joue, je fête et je jubile

 

Donnant à mes jours l’audace de mes nuits.

Marie

 

Lille 28 septembre 2011

 

Je suis tourbillon d'écume, Bénédicte

 

Je suis tourbillon d’écume et volutes neigeuses,

 

Je suis mouvement puissant qui brasse et façonne,

 

Je suis repli, je suis ressac, je suis tumulte,

 

Je suis élan indomptable et sauvage,

 

Je suis force galvanisée, je suis lame de fond,

 

J’envahis, j’engloutis, j’éclabousse,

 

je suis secousse sismique qui se cogne aux montagnes,

 

je suis montagne stable et inaltérable,

 

je suis granit, je suis marbre, je suis solide,

 

mes flancs accueillent les flots déchainés sans frémir,

 

je suis arrête, je suis ravin, je suis tranchant,

 

je suis alliance du tranchant et du fougueux,

 

je m’éclate contre l’obstacle en ballet somptueux,

 

je suis blancheur éclatante et bleu profond,

 

je suis perspective large et apaisée,

 

je suis grands espaces ouverts sur l’horizon,

 

je suis nuée d’oiseaux volant en escadrilles,

 

je suis lumière immaculée,

 

je suis beauté époustouflante de la nature sauvage,

 

je suis tourbillon paroxystique vers un gouffre intérieur,

 

je suis mystère, je suis élément inspiré,

 

je suis fureur assourdissante et silence habité,

 

je suis la vie.

 

Bénédicte, Lille 28 septembre 2011

 

 

Je suis un animal au poil doux, Céline

 

Je suis un animal au poil doux, tout en fouillis.

 

J'ai la tendresse sauvage.

 

Je peux être un refuge si on m'approche doucement.

 

Je ne veux pas qu'on m'attache.

 

Je ne suis à personne.

 

Je suis un animal blessé et je vous regarde attentivement.

 

Je regarde intensément.

 

Il y a de la tristesse dans mes yeux.

 

Il y a aussi de la douceur.

 

Je sais les blessures de chacun.

 

Je ne veux aucun mal.

 

Et je porte toujours un sourire.

 

Un sourire léger, bienveillant.

 

 

 

Je ne suis pas d'élevage.

 

Je suis lama des montagnes.

 

Je suis libre d'aller et venir.

 

J'épouse les saisons, les reliefs, les absences.

 

Je suis seul maître à bord dans ma vie d'aventure.

 

Je suis animal modeste mais j'ai le coeur fauve et je tiens bon, toujours.

 

 

 

Je suis seul souvent.

 

Je suis un peu farouche.

 

Et pourtant j'aime qu'on m'approche, qu'on me touche, qu'on m'encourage, qu'on me bouscule gentiment.

 

 

 

Je suis noble et plein de force en dedans.

 

Personne ne le sait, ne le reconnaît.

 

Mais moi, je suis droit, je me tiens debout, la tête dressée vers les airs, les oreilles aux aguets.

 

Et je vous regarde très fort.

 

Et je me nourris de vous.

 

 

 

Je suis le lama d'élevage qui s'est sauvé. A cassé la clôture, les entraves.

 

Je suis le lama blessé qui cherche en marchant à retrouver sa dignité.

 

Je suis digne et doux.

 

Je suis sauvage et farouche.

 

Je suis simple et humble.

 

Je suis là. Près de vous.

 

Je suis présent.

 

En secret, je veille sur vous.

 

Par mon sourire, mon regard et mon poil doux.

 

 

 

Céline, Lille 28 septembre 2011

 

Je suis seule au monde, Bénédicte

 

Je suis seule au monde dans la pénombre étoilée,

 

Je suis face au rien, au désert, à l’inhabité,

 

Alors seule dans ce néant,

 

Je me redresse sur mon séant,

 

Et dans une attitude de parfaite rectitude,

 

Je m’installe en toute quiétude,

 

Et le nez en l’air en équilibre,

 

Je jongle avec la terre promise,

 

Je l’ausculte, l’observe, la retourne,

 

Fascinée de comprendre comment elle tourne,

 

Comment elle prend la lumière,

 

Si elle va en avant ou en arrière,

 

Et miracle, j’atteins ce point de stabilité,

 

Où d’un coup, tout me semble parfait !

 

Plus un souffle, plus un bruit, plus rien ne bouge,

 

Mon esprit se calme, s’apaise, s’unifie,

 

Et ce qui, il y a peu, me paraissait vide

 

Devient monde de grâce, de beauté et de vie.

 

Et moi, animal à quatre pattes, longues oreilles, fourrure blanche,

 

J’ai muté en pilier du monde comme par jeu,

 

attirant la lumière et le silence

 

dans une posture de sublime élégance,

 

honorant le monde tel qu’il est,

 

là où je suis, avec ce que j’ai !

 

 

 

Lille 28/9/11. Bénédicte

 

Je suis le retour aux sources, Céline

 

 

je suis le retour aux sources

 

la pierre sèche, le lézard au soleil

 

qui apparaît-disparaît

 

je suis la fontaine de jouvence,

 

jeunesse éternelle,

 

celle qui garde le jus de l'enfance,

 

protège l'insouciance

 

je suis la fontaine inespérée

 

je suis l'eau au coeur du village assoiffé

 

je suis l'eau : fraîche, pure, généreuse

 

je suis le miracle attendu

 

l'oasis impromptue

 

je suis la source de joie

 

profonde où qui veut peut puiser

 

j'abonde

 

je suis le sourire rendu

 

le plaisir retrouvé

 

je suis la promesse ardente

 

d'un après-midi d'été

 

je suis partages, rires, éclaboussures

 

fous rires

 

je suis bonheur tout entier

 

 

 

je suis grâce

 

je suis source divine

 

je suis bénie des dieux

 

je suis noyau au coeur du village

 

je bats la mesure de chaque vie

 

je suis l'essentiel

 

je suis le pouls qui bat

 

je tends toujours mes bras

 

je suis ventre gonflé

 

je donne nourritures terrestres et célestes

 

je ne laisse personne assoiffé

 

abandonné

 

je suis plaisir sensuel absolu

 

par chaleur de mois d'août

 

je suis celle qu'on ne croyait plus

 

je suis promesse tenue

 

je suis la cascade qui palpite

 

je suis le ruisseau qui gargouille

 

je suis la rivière au repos

 

je suis la fontaine du village

 

je suis le village tout entier

 

je suis chaque porte, chaque fenêtre, chaque maison

 

je suis toutes les pierres, taillées, usées, touchées

 

je suis toutes les traces des ancêtres

 

je suis l'ombre et le soleil

 

je suis le ciel bleu sans nuages

 

je suis le mur blanc bombardé de soleil

 

je suis l'homme qui se repose derrière les volets clos

 

je suis le silence bienveillant

 

je suis la transparence,

 

l'inaudible

 

je suis le subtil

je suis le talent à naître

 

je suis la beauté à déposer

 

je suis la joie à transmettre

 

Céline, Lille 28 septembre

 

 

 

 

Je suis une drôle de tête, Bénédicte

 

Je suis une drôle de tête comme une bouche ouverte,

 

Je suis cette béance, cet appel, ce cri,

 

Je suis grande ouverte pour aspirer à fond

 

Le souffle de la vie qui nourrit mes cellules.

 

Je suis poterie bleue, œuvre d’art unique,

 

Je suis bizarre, étonnante, excentrique,

 

Je suis stable et au sol bien calée,

 

Je me pose comme un triangle sacré,

 

M’offre au regard dans ma bizarrerie,

 

Simple, nature,sans forfanterie,

 

Je suis regard perçant, oreille percée, oreille cassée,

 

La vie de coups ne m’a pas épargnée,

 

Et ma couleur au soleil est passée ;

 

Dans ces aspérités , je trouve beauté, unicité,

 

D’objet bizarre, je deviens trésor,

 

Qui me projette dans un monde à part,

 

Où je trouve des dimensions nourricières,

 

Sans rien faire !

 

 

 

Lille, 28/9/11. Bénédicte

 

Je suis entrée dans l'outre-mer, Céline

 

Je suis entrée dans l'outre-mer

 

J'ai ouvert grand ma gueule et avalé tout ce que j'ai pu de sels, de bleu, de force

 

Je suis devenue un monstre géant, un pied sur chaque continent

 

Mon corps est suspendu au-dessus de l'Atlantique

 

Je suis tout et rien

 

Je suis une mythologie nouvelle

 

Fille d'Europe et d'Amérique

 

Je charge les bateaux d'amertume

 

Je souffle le désordre

 

et malmène la mer étale

 

Créature légendaire encore méconnue

 

Je cherche le point d'équilibre

 

où plus rien ne comptera que le bleu

 

Quand je suis seule, je ferme les yeux

 

J'attends mon heure comme les anciens ont attendu l'âge d'or

 

Ce jour-là, les dieux m'accueilleront sur l'Olympe

 

Je n'aurai plus à chercher ma place

 

Je connaîtrai mon rôle

 

Je le jouerai corps et âme

 

Mi-dieu, mi-femme

 

Dans un équilibre parfait

 

Je rendrai les armes

 

et serai en paix.

 

 

 

Céline

Lille, 28 septembre 2011

 

10.09.2011

Je suis le tissu protecteur - Jenny, juillet

 

Je suis le tissu protecteur,

 

Ouverture d’or.

 

Je suis l’ampleur du coeur dans le monde,

 

La route d’ici à  là-bas

 

Qui emmène au loin.

 

 

 

Je suis la montagne haut-perchée,

 

La pente du monde.

 

Le ruban sacré qui entoure l’autel,

 

L’auberge qui acceuille le pélerin

 

Au soir de sa marche,

 

L’événement qui s’offre, à l’aube d’un nouveau jour,

 

Le compagnon de voyage,

 

A l’aller comme au retour.

 

 

 

Je suis le roi du matin,

 

Le chevalier de la nuit,

 

Je réunis les opposés.

 

 

 

Je suis l’âge de la terre

 

Et la fraîcheur de la matière nouvelle.

 

Je me donne sans compter,

 

Je porte sans peiner,

 

La récolte du jour.

 

 

 

 

 

Je suis une montagne - Jenny, juillet

 

Je suis une montagne trempée de couleur.

 

Une couleur qui transparaït selon l’humeur, selon l’odeur du jour.

 

 

 

Je suis l’immensité de l’Unique

 

Qui s’insère dans la matière qu’elle trouve.

 

 

 

Je suis l’œil de la Vigilance,

 

Le brillant de l’intelligence

 

Qui se pose comme un papillon d’un jour.

 

 

 

Je suis l’accident de parcours

 

Qui restaure le hasard au centre.

 

 

 

Je suis la richesse du fond,

 

La banalité de la surface,

 

La perfection de l’audace

 

De moi.

 

 

 

Je suis la rupture du rythme

 

Qui éclaire la faille

 

Qui révèle le désir d’abandon.

 

 

 

Je suis la jonction, la frontière, la réalité d’aujourd’hui qui contient la lumière de demain.

 

 

 

Je suis la peau de la fleur

 

La surface de la glace… du miroir qui révèle mon visage.

 

 

 

Je suis la profusion du vert,

 

La vertige du solitaire,

 

Le rassemblement des morceaux du tout.

 

 

 

Je suis la fée ET la reine, et le dragon, dont la dégaine fait rire.

 

 

 

Je suis une femme du moment, femme de mon temps,

 

Femme de toujours, de toutes les tentatives, de toutes les aventures.

 

Je suis Une.

 

 

 

 

 

Sans tête ni queue - Jenny, juillet

 

 

 

Sans tête ni queue,

 

Je poursuis ma route.

 

La loi me traverse, me connaît, me chamboule.

 

Je tends verd le haut, je plonge vers le bas,

 

Je me baigne de lumière.

 

Je me teins de toutes les couleurs, pour en sortir, les cheveux gris perle.

 

 

 

Je suis l’indifferencié du nacré de la mer,

 

L’indescriptible d’une vie.

 

Je suis l’envers de moi-même qui se cache sous mes pieds,

 

L’autre côté du mur.

 

 

 

Je suis le renversement, le retournement, le bouleversement, le soulèvement populaire.

 

Je suis le coeur qui se lève pour faire entrer l’émotion,

 

Pour la fêter, la guêtter, lui faire une place d’honneur.

 

 

 

Je suis la suspension de la matière dans les eaux nourricières du mouvement,

 

Et la suspension du mouvement,

 

Lorsqu’il n’y a plus de chemin.

 

Je suis l’attente, et l’absence de tout mouvement,

 

Lorsque le moment suivant n’est pas encore,

 

Et le moment passé n’est déjà plus.

 

Je suis entre chien et loup.

 

 

 

 

 

Je suis le sommet de l’insaissisable

 

Au tréfonds des bas fonds de l’inconnu.

 

Je suis la perle noire qui brille la nuit

 

Et le joyau transparent qui dévoile la vie dans toute sa splendeur.

 

 

 

Je suis l’autre côté de mon miroir,

 

La plongée dans les zones de danger,

 

L’expérience limite

 

Qui me complète.

 

 

 

Je suis le grain de sable - Jenny, 18 juillet

 

Je suis le grain de sable sous le pied de l’enfant,

 

Le caillou dans la chaussure de la vie.

 

Je suis le sérieux,

 

Serré dans mon costume,

 

Et le rire qui chatouille par derrière.

 

 

 

Je suis celui qui avance sans savoir

 

Et celui qui parle.

 

Je suis l’écoute hésitante,

 

L’apprentissage de la parole ouverte.

 

Je suis le passage entre bouche, oreille et nez,

 

Qui sait me montrer le chemin.

 

 

 

Je suis la promenade du dimanche

 

Qui se glisse vers lundi

 

Dans l’espoir de se réaliser aujourd’hui.

 

 

 

Je suis le courage d’y aller,

 

De passer le cap d’hier vers demain,

 

De m’éloigner, pour revenir au centre.

 

 

 

Je suis l’étonnement du toucher sans regarder,

 

Et l’amour du pied pour le sol,

 

La joie de l’oiseau, en vol

 

Vers son arbre.

 

 

 

Je suis le fruit de l’arbre qui respire sous la pluie,

 

Qui s’étire dans le matin frémissant.

 

Je suis le frémissement de l’arbre qui résistera à l’ennui, à la frayeur

 

pour s’abandonner aux aléas de la vie.

 

 

 

Je suis l’exemple du noir, le cadre du devoir,

 

L’ombre de l’avenir inouïe.

 

Je suis la tête levée vers le nouveau,

 

La main tendue vers autrui.

 

 

 

Je suis le noir, le gris, le blanc, la naissance de la couleur.

 

Je suis l’éternité de l’humanité qui se dessine dans mes yeux.

 

Je suis l’espoir de voir,

 

La finesse du regard d’aujourd’hui.

 

 

 

Je suis la malhabile - Lara

 

Je suis la malhabile

 

Celle qui est

 

Sans être utile

 

Futile

 

 

 

Mes racines sont marquées

 

Du sceau de la révolte

 

 

 

Mes ongles sont écorchés

 

Sans fard ni vernis

 

 

 

Je suis

 

En vie

 

 

 

Envie de légèreté

 

Frivolités

 

Féminité fleurie, épanouie

 

 

 

Ma paume quémande

 

La clémence du ciel

 

 

 

Ma paume vibre

 

Et mon cœur et mon ventre

 

 

 

Une lumière chaude efface toute souillure

 

 

 

Grand-mère, mère et arrière grand-mère

 

Reposez en paix

 

 

 

Il est temps de fêter la légèreté retrouvée

 

Je suis l'indicible - Lara

 

Je suis l'indicible

 

 

 

L'horreur absolue

 

 

 

La souillure taboue

 

 

 

Je suis le fruit pourri de cet arbre malade

 

J'accouche du cri des  ces femmes muselées honteuses galeuses

 

 

 

Je suis là

 

 

 

Et je dis

 

 

 

La fleur à peine éclose et bafouée

 

Je dis l'indicible

 

 

 

 

 

Je suis un titan qui fracasse les chaînes de ce putride silence

 

 

 

Je suis le torrent de larmes

 

Je suis une rumeur sourde et puissante

 

J'arrache tout sur mon passage

 

Rien ne me résiste

 

Je purifie chaque cellule des femmes souillées

 

 

 

Les cœurs chantent une mélopée

 

 

 

Je suis en paix

 

 

 

De mon cœur pousse un souffle d'or

 

Le souffle lent et chaud monte en sinuant

 

 

 

De mon cœur dans le bleu de la nuit

 

 

 

Et touche une étoile

 

 

 

Je suis le frisson de joie

 

Je suis le cœur qui s'emballe et saute à tout rompre

 

Je sors de ma cage

 

 

 

 

 

Je bondis

 

 

 

 

 

L'herbe sous mes pieds

 

Je suis aspirée en apesanteur

 

Doucement

 

 

 

Une étoile caresse ma tête

 

Descente

 

Légère

 

D'une bulle

 

 

 

Mon ventre

 

touche l'herbe

 

 

 

 

 

Je suis le souffle divin

 

Je suis la clé des plaisirs des dieux - Lara (Suisse)

 

Je suis la clé des plaisirs des Dieux

 

 

 

Du bout de mes lèvres charnues

 

J'aspire avec délicatesse

 

La corolle humide et gluante

 

 

 

Ma langue souple et large

 

Accueille et promène la divine bouchée

 

 

 

Contre la voûte céleste de mon palais

 

Illuminée de milliers de Papilles émoustillées

 

Mes dents éclosent la bouchée

 

 

 

Le goût explose en mon antre magique

 

 

 

Mes glandes salivent à grands torrents

 

 

 

Bouchée et bouche

 

Se fondent

 

 

 

Un frisson mélodieux grimpe de mon échine jusqu'à mon âme.

 

Je suis la clé des plaisirs des dieux, Lara

 

Je suis la clé des plaisirs des Dieux

 

Du bout de mes lèvres charnues

 

J'aspire avec délicatesse

 

La corolle humide et gluante

 

 

Ma langue souple et large

 

Accueille et promène la divine bouchée

 

 

Contre la voûte céleste de mon palais

 

Illuminée de milliers de Papilles émoustillées

 

Mes dents éclosent la bouchée

 

 

Le goût explose en mon antre magique

 

 

Mes glandes salivent à grands torrents

 

 

Bouchée et bouche

 

Se fondent 

 

Un frisson mélodieux grimpe de mon échine jusqu'à mon âme.

 

Lara (Suisse, 3 septembre 2011)

 

 

28.08.2011

Application de l'autolouange durant mes stages, Laurence Moniotte

 

Durant mes stages, j’ai eu l’occasion d’expérimenter l’autolouange avec des élèves d’écoles très différentes. En effet, ma première expérience se déroula dans une école réputée et dite élitiste. J’avais plusieurs classes de premières et deuxièmes secondaires générales, dont une classe où cela m’intéressait plus particulièrement d’expérimenter l’autolouange. Cette classe était une première année secondaire constituée uniquement d’élèves doubleurs. Au sein de l’école, elle était réputée faible et très remuante. D’ailleurs, l’enseignante responsable accepta de me donner cette classe uniquement pour mon activité d’estime de soi.

 

 

 

Dès que je pris contact avec ces élèves durant des heures d’observation, je compris très vite qu’ils étaient en totale démotivation et dévalorisation d’eux-mêmes pour la simple et bonne raison que pour tous les enseignants c’était la classe des « mauvais élèves » dans tout le sens du terme. Sans doute, avaient-ils contribué à cette image. Je suis donc arrivée dans cette classe avec mon activité, ma surprise fut qu’ils étaient très attentifs (contrairement à leur habitude) et très curieux et avides de savoir en quoi cela consistait.

 

 

 

La présentation que j’ai faite de l’activité était assez simple. J’ai écrit au tableau des pistes possibles dont ils pouvaient s’inspirer pour écrire leur autolouange (famille, surnoms, origines, événements…). Dans un premier temps, j’ai pris le mot autolouange et je leur ai demandé à quoi cela leur faisait penser. Très vite, j’ai eu les réponses attendues à savoir faire une louange de soi.

 

Je leur ai expliqué qu’il s’agissait de parler d’eux en « sortant la grand-voile », en amplifiant leurs qualités, leurs dons, pas pour se mettre en avant, mais retoucher à ce que nous sommes vraiment en chacun de nous. Au début, ils ont eu une réaction un peu réticente, ils avaient l’impression que je leur demandais de se vanter et, effectivement, dans notre culture, ce n’est pas bien vu. Ils avaient également très peur de parler d’eux-mêmes, de se dévoiler et de devoir lire devant toute la classe.

 

 

 

Très vite, j’ai calmé leurs craintes en invitant leur enseignante à faire le même exercice, en leur montrant que moi-même je me prêtais au jeu et surtout qu’il s’agissait de lire et d’écouter dans un très grand respect. J’ai donc instauré une sorte de contrat éthique, comme vu dans la partie théorique, qui permettait à chacun de se sentir respecté et sécurisé. Pour ce faire, j’ai simplement expliqué « les règles de jeux » avant de nous lancer dans l’écriture. Je leur ai également expliqué qu’il ne s’agissait en aucun cas de se vanter, mais plutôt d’aller chercher l’or qui est caché en chacun de nous. Je leur confiais que j’étais certaine qu’il y en avait en chacun d’eux.

 

 

 

Petit à petit, chacun se prêta au jeu et finit par contagion (comme l’avait expliqué Marie Milis dans son ouvrage) à écrire son autolouange. Quelques fois, les élèves venaient me voir en me demandant de lire et de leur dire si c’était bien cela que j’attendais. C’est une très grande preuve de confiance de leur part sachant que je n’étais que stagiaire et que je ne passais que quelques heures avec eux. Je les rassurai donc et parfois je les invitais à exagérer beaucoup plus, car cela ressemblait trop à un simple portrait qu’à une autolouange. Durant l’activité, les élèves ont respecté la lecture de chaque texte, même si j’ai dû à quelques occasions rappeler à l’ordre l’un ou l’autre.

 

 

 

Au final, j’obtins de chacun une autolouange et chaque élève lut son texte, ainsi que l’enseignante et moi-même à la fin. Les réactions furent fabuleuses. Chacun était surpris de la beauté de ce qu’il avait écrit (même l’enseignante) et curieux de découvrir les autres sous un nouvel angle.

 

 

 

 

 

Ce petit groupe d’élèves qui avait été très divisé par diverses tensions forma une véritable cohésion. Leur évaluation de l’activité démontra d’ailleurs ce fait et l’enseignante me confia avoir changé l’image qu’elle avait d’eux.

 

 

 

Pour ma première expérience, j’avais été vraiment touchée par cette classe et ses élèves qui étaient en grande difficulté scolaire et relationnelle. J’avais senti que cette classe était l’endroit rêvé pour tester l’autolouange. Ces élèves qui n’avaient plus aucune estime d’eux-mêmes à cause de leurs multiples échecs avaient enfin retrouvé un peu de motivation et d’estime. Malgré le peu d’heures que j’ai passées dans cette classe, j’ai senti que j’ai eu un rapport privilégié de confiance avec chacun des élèves.

 

 

 

J’ai retenté l’expérience de l’autolouange dans une école où les sections professionnelles, techniques de qualification, techniques de transition et générales se mélangeaient. Durant ce stage, j’ai eu des classes de premières et deuxièmes secondaires générales et des quatrièmes professionnelles. J’ai pu alors comparer les classes qui se mettaient plus facilement à l’écriture et celles qui émettaient plus de réserves. Mes classes de premières et de deuxièmes se mettaient plus vite au travail, mais avaient plus tendance à faire le strict minimum alors que ma classe de quatrième professionnelle avait plus de réticences, mais lorsque ces élèves se sont livrés à l’exercice, ils ont écrit de très belles choses.

 

 

 

Les réactions fréquentes que j’ai pu avoir étaient souvent liées à l’évaluation : est-ce que l’exercice va être côté, est-ce que l’orthographe compte ? Je ne fus pas vraiment étonnée de ces réactions. Le système scolaire pousse les élèves à la course aux points, et souvent les parents aussi ne s’intéressent qu’à cela. Ce fut l’occasion pour moi de leur rappeler que les points avaient une valeur indicative dans leur parcours scolaire, que c’était une manière de se situer dans leur développement cognitif, mais que ce n’est pas une finalité en soi. Je leur ai également expliqué que l’activité n’était pas évaluée et que le but n’était pas vraiment scolaire. De cette manière, je leur permets de laisser libre court à leur imagination, ils peuvent écrire ce qu’ils désirent du moment qu’ils respectent la consigne de l’amplification du « je ».

 

Bien sûr, certains élèves ont vu l’absence d’évaluation, comme un « repos », il a fallu que je les pousse plus à se lancer dans l’écriture.

 

 

 

L’autolouange m’a permis d’avoir un autre contact avec mes élèves, j’ai gagné leur confiance et leur respect en peu de temps. J’ai d’ailleurs gardé des contacts avec quelques-uns de ces élèves. Au sein des groupes classes, les rapports était beaucoup plus sains et agréables. Je me suis évidemment frottée à une classe plus réticente que prévu. J’ai alors amené au cours suivant la signification de chacun des prénoms des élèves en y ajoutant une phrase de louange que j’avais écrite moi-même sur chacun d’entre eux. L’effet fut très positif, les élèves ont eu beaucoup plus de facilités à se lancer dans l’écriture et ont gardé ma phrase comme un joyau sur la feuille.

 

 

 

Évaluation de l’activité d’autolouange

 

 

 

Évaluation de la classe de première générale composée uniquement d’élèves doubleurs dans une école dite « élitiste »

 

 

 

J’ai aimé cet exercice parce que :

 

-         cela fait du bien de parler devant les autres

 

-         on peut livrer tout ce qu’on pense sur le papier sans jamais s’arrêter

 

-         cela nous a permis de développer notre imagination

 

-         grâce à celui-ci, on peut se remonter le moral

 

-         cela nous fait réfléchir sur nos points positifs

 

-         c’était un exercice très chouette et on pouvait partager des choses ensemble

 

-         il m’a permis de découvrir que je n’avais pas que des défauts

 

-         cela nous a fait réfléchir à ce que l’on pensait dans notre tête

 

-         cela nous a permis de nous exprimer et de mieux nous connaître

 

-         on comprend mieux les gens

 

-         comme cela, on peut se connaître

 

-         on a pu dire ce qu’on avait sur le cœur, nos malheurs et nos bonheurs

 

-         parce que les poèmes je les adore, j’aime les mots

 

 

 

Je n’ai pas aimé cet exercice parce que :

 

-         il faut lire notre autolouange devant la classe et parfois on a un texte qui est difficile à comprendre et qui peut être interprété autrement

 

-         cela en dit beaucoup sur notre vie (mais j’ai aimé)

 

-         mon autolouange ne ressemblait à rien

 

-         on devait passer devant la classe

 

 

 

J’ai découvert :

 

-         que sous le sourire des autres, on ressent leurs douleurs, leurs peines et que dans la vie de chacun, il n’y a pas que du bonheur

 

-         que c’était difficile d’écrire ses qualités

 

-         ce que les autres ressentaient

 

-         que j’avais beaucoup de talent et peu de défauts

 

-         que beaucoup de gens qui ont un sourire en vérité souffrent

 

-         que les autolouanges leur appartenaient

 

-         qu’on est soulagé lorsqu’on écrit

 

-         les pensées des autres

 

-         les autres, leurs hobbies et leur vie

 

-         qu’il y a des gens biens dans la classe

 

-         plein de choses sur les autres

 

-         que les autres ont aussi des malheurs et qu’on n’est pas les seuls

 

-         rien, j’ai l’habitude (de l’écriture)

 

 

 

 

 

 

 

Cet exercice m’amène à penser que :

 

-         les vrais amis ressentent vraiment ce que vous lisez comme si c’était leur vie

 

-         je suis très/trop négative

 

-         nous ne sommes pas rien

 

-         je ne suis pas bête

 

-         qu’il faut beaucoup réfléchir car vous nous avez demandé de surmonter nos souffrances et cela fait que nous les surmontons

 

-         les autolouanges des autres étaient mieux

 

-         la vie n’est pas si sombre

 

-         à ce que j’ai dans la tête

 

-         les autres enfants sont plus sympas que je ne le pensais

 

-         tout le monde a déjà eu des souffrances

 

-         je suis quelqu’un de bien

 

-         j’ai beaucoup de qualités et je ne m’en rendais pas compte

 

 

 

J’estime qu’il est important ou pas important de prendre conscience de sa valeur parce que :

 

-         c’est important de prendre conscience de cela car les gens doivent exprimer leurs émotions

 

-         on peut découvrir ce que les autres ressentent et on peut dire ce que nous ressentons aussi

 

-         si on se rabaisse, on se croit nul, on se sous-estime, après, on ne saura jamais utiliser ses capacités

 

-         pour vivre vaut mieux avoir conscience de sa valeur mais faut pas être vantard non plus

 

-         on n’a pas que défauts

 

-         dans la vie, on a tous de la valeur

 

-         on n’est pas mieux que les autres, on est comme eux.

 

-         nous avons plus confiance en nous et on comprend la souffrance

 

-         on a eu des moments de bonheur, on sait ce que cela fait de l’avoir dans le cœur

 

-         vivre dans l’ombre ou le négatif nous détruit, sans prendre conscience de ce qu’on est vraiment

 

 

 

Ces évaluations permettent de comprendre que certains élèves saisissent toute l’importance et les bienfaits de l’activité et d’autres sont encore dans le jugement d’eux-mêmes et dans la comparaison. J’ai pu remarquer, durant mes stages où j’ai fait l’autolouange avec les élèves, que ceux-ci sont souvent subjugués de voir la beauté des textes de leurs camarades et ils se disent alors que leur texte ne vaut rien. La plupart du temps, ces élèves se trompent. Nous n’avons pas tous la même facilité à écrire, mais face à cet exercice, cela ne compte pas vraiment au sens où on peut écrire très simplement des choses très belles. Ce sont les images qui nous touchent, et j’ajouterai même que, souvent, ce sont les phrases les plus simples qui nous émeuvent le plus. Ce qu’il y a de génial dans cet exercice, c’est que non seulement on apprend à se donner des signes de reconnaissance positifs à soi-même, mais en plus en lisant face au groupe, on reçoit des signes de reconnaissance positifs de la part des autres.

 

 

 

Les élèves qui écrivent dans l’évaluation de l’activité que leur autolouange ne ressemble à rien n’ont pas encore appris à accepter les signes de reconnaissance positifs, cette activité est pour eux le premier pas. Je pense d’ailleurs qu’il est utile de réitérer l’expérience plusieurs fois dans l’année à des moments clés (période avant les examens, période de tensions ou de stress…).

 

 

 

À côté de cela, nombre d’élèves écrivent le bien-être qui est ressorti. Il explique leur étonnement face à ce qu’ils ont écrit et que les autres ont écrit. Ils se rendent compte qu’ils valent quelque chose et qu’ils sont dans un groupe classe où les autres sont intéressants à connaître.

 

Certains parlent également de leur sortie de l’obscurité, ils reviennent petit à petit vers des choses plus positives. L’élève qui dit : « si on se rabaisse, on se croit nul, on se sous-estime, après, on ne saura jamais utiliser ses capacités » comprend tout le sens de l’autolouange. Le but dans les milieux scolaires est de redonner goût d’apprendre et de faire des efforts. Souvent, les élèves ne voient plus l’intérêt de faire des efforts pour réussir puisqu’on leur renvoie des images négatives d’eux-mêmes.

 

 

 

L’élève qui explique : « on n’est pas mieux que les autres, on est comme eux » donne aussi du sens à l’activité, car le but n’est pas de se vanter, ni de se mettre avant. Ces élèves de premières ont découvert que leur classe n’est pas une classe « poubelle », qu’ils avaient de la valeur et les moyens pour réussir à condition de le vouloir. Ils ont aussi compris que souvent on est victimes du regard de l’autre sur soi et également que nous sommes très mauvais juges de nous-mêmes.

 

 

 

Je conclurai de ces évaluations que la majorité des élèves se lancent à l’aveuglette dans cette activité sans trop savoir où cela va les mener et en ne comprenant pas tout à fait les tenants et aboutissants. Ils sont ensuite agréablement surpris des bienfaits que cela leur apporte et beaucoup gardent leur texte comme un trésor de découvertes sur eux-mêmes. Il reste une minorité qui a plus de difficultés à se lancer et qui reste malheureusement plus dans la comparaison des autres et dans la peur du jugement. Ceux-là seront peut-être plus tirés la prochaine fois par le groupe. Tout le monde ne peut être réceptif à l’autolouange, il s’agit aussi à l’enseignant de l’accepter. Certains élèves refusent même d’écrire ou sont absent leur jour où il faut lire le texte, ces manœuvres d’évitement, il faut les accepter, car une autolouange forcée n’a pas de valeur.

 

 

 

22.08.2011

Je suis le voile, Saint-Didier été 2011

 

Je suis le voile déposé au petit matin de mes noces.

 

Des anges s'éveillent à mes côtés.

 

Pleine de gratitude pour la douce rencontre avec l'aimée,

 

Comblée par tant de merveilles déterrées.

 

Je suis pluie fine à faire germer les semences de mon pré-fleuri arc-en-ciel.

 

Les multiples facettes de mon être, jusqu'ici éparses, s'assemblent pour former

 

ma couronne de mariée.

 

Je suis la complice de mes forces vives,

 

L'alliée de mes ancêtres,

 

L'amie de mes âmes sœurs.

 

Révélée peu à peu à moi-même,

 

Reconnue dans les musiques de mon cœur,

 

Je proclame ma noblesse, revendique ma singularité, confirme mon existence.

 

Je suis barque qui s'élance dans la mer,

 

Confiante et consciente.

 

Toujours reliée,

 

Connectée à la lumière du firmament.

 

Je demeure dans une île luxuriante et habitée.

 

J'en détiens la clé.

 

 

 

 

 

 

 

Nathalie

 

 

 

Je suis liberté enfantine, Saint-Didier, été 2011

 

Je suis liberté enfantine.

 

Je saute dans les flaques, me remplit la bouche et les poches de framboises juteuses.

 

Les champs et les chemins sont mes terrains d'explorations.

 

Dans la savane aux mille dangers, j'y suis Tarzan éloignant les tigres affamés, Daktari au chevet des éléphants. Les forêts sont mon univers et j'en suis Robin le Roi.

 

Les arbres me parlent leurs ancêtres, leurs épopées, leurs secrets, leurs rêves.

 

J'enlace leurs troncs de mon corps et me fonds dans leur énergie.

 

J'accueille leurs plaintes, leurs chuchotements, leur respiration.

 

Je leur rends leur dignité et leur ouvre la lucarne des possibles.

 

 

 

Je suis chair ronde et ferme. Femme dans l'épanouissement de sa vie.

 

De moins en moins pudibonde, de plus en plus pudique.

 

Mes instincts femelles resurgissent du fond des âges.

 

Je pare à l'essentiel, à la survie de mon humanité.

 

Je me dirige vers mon Nord, avec la précision de l'arc de Guillaume Tel.

 

Une décision sans concession.

 

Un pacte signé de mon sang avec le Seigneur de l'Univers.

 

 

 

Je suis calice ramené des mes voyages d'Orient.

 

Ma coupe contient la tendresse virginale, la douce compassion fraternelle, la chaleur d'un cœur en éveil, l'assurance d'une présence bienveillante, le pardon incarné, l'union des forces vives de l'homme et de la femme.

 

Je suis Ying et je suis Yang.

 

 

 

 

 

 

 

Nathalie

 

 

 

Je suis un chardon, Saint-Didier été 2011

 

 

 

Je suis un chardon des champs oublié par les lames effilées de la tondeuse.

 

Une échappée de la course aveugle et détermine de l'engin.

 

Je suis une chance pour les abeilles.

 

Je leur accorde un laisser passer pour accéder à mon nectar.

 

Mes fleurs ont la couleur des gerbes de lavande.

 

Petites collines rondes retenues par des colonnes végétales,

 

Elles se dressent avec fierté vers le soleil.

 

En capter la lumière, la chaleur, la majesté pour parfumer le miel à venir.

 

Mes fidèles sentinelles me protègent des prédateurs et des esprits malins.

 

Qui parvient au matelas de mes pétales s'offre une couche soyeuse et sûre.

 

Juchée sur une solide tige, je brave les pluies froides et les vents hostiles de l'hiver.

 

La souplesse de ma forteresse me fait ployer à la fraîcheur de la brise les soirs de canicule.

 

Ma robustesse est gage de longévité.

 

Ma simplicité, un premier pas vers l'humilité.

 

 

 

 

 

 

 

Nathalie

 

Je suis les mains, Saint-Didier été 2011

 

 

Je suis les mains qui brassent les eaux du Gange,

 

le corps drapé de voiles pourpres et safrans.

 

Je suis Venus sous la cascade de lierre.

 

Je suis le plongeon des chutes du Niagara.

 

Je suis le vent qui épouse le tonnerre

 

Le vitrail qui vole en éclat.

 

Je suis l'étole sur les épaules de l'humanité.

 

Je suis l'enclume de la forge souterraine.

 

Je suis faite d'eau et de chair

 

Hélène qui s'abandonne à Ulysse.

 

Je suis l'éclaircie qui déchire les nuages anthracite

 

L'âme sœur des cœurs sincères

 

Je suis la félicité des ondulations de ma vie

 

La gratitude à l'éclosion de ma lumière.

 

 

Nathalie

 

Je suis petite fille de forgeron, Saint-Didier été 2011

 

Je suis petite fille de forgeron. La masse de son corps s'abat en rondes répétées sur les socles rougeoyants, aiguisés et tranchants du glaive du Zeus. Son épouse, légère et fine, est un papillon. Sa voix est souffle d'ange. Sans le savoir, elle m'a transmis cette capacité à ressentir les vibrations des chants sacrés.

 

Je suis aussi petite fille d'un créateur de sillons droits et de jardins sans frontières. Il règne sur ses terres et veille sur une abondante progéniture. De sa tour, il rêve de l'immensité des espaces du Grand Nord. Son épouse à lui, femme solide et bien plantée, est surtout enfant rieuse, insouciante, insaisissable enfant de liberté.

 

Je suis fille d'un mécanicien hors pair. Son ouïe de lynx décode les accros les plus fins des moteurs qu'il ressuscite. Mon père est Mozart et Vivaldi. Grave dans les parties de cartes, jovial et taquin dans les rencontres. Il a le don du mouvement et du rythme. Il est tango et valse de Vienne. Ses lèvres sont alouettes au sommet des cimes. Sa jeunesse est fouge, escalades fébriles pour dénicher les Edelweiss. Mon père est baobab qui héberge les palabres du village. Ses paroles, ses poignées de mains parcourent les maisons et les marchés. Tard l'été, ses pas le conduisent auprès des moissonneuses à l'arrêt. Il est le sauveur des récoltes.

 

Je suis fille d'une femme nourrie par une terre d'adoption. Déracinée, délaissée, humiliée. Une résiliente. Une dure à cuire. De l'or dans les mains, et caméléon, ses talents se multiplient au gré des besoins. Ebéniste, couturière, chef coq, artiste peintre, maîtresse d'école, infirmière, paysagiste, femme d'affaires. Je suis l'héritière d'une lignée qui a connu les départs aux Amériques, l'évitement du fracas du Titanic. Je suis une langue dont la poésie se découvre au fil du temps.

 

Nathalie

 

 

 

Je suis le temple vivant, Saint-Didier été 2011

 

Je suis le temple vivant du Seigneur,

 

La jouissance du premier baiser

 

L'aube qui s'ouvre à son soleil

 

La parure des reines du Nil.

 

Je suis l'encens qui purifie les âmes,

 

L'éclosion du printemps de ma vie.

 

Je suis nourriture pour l'homme,

 

Mes mains ensemencent la terre

 

Ma volonté épouse les contours de l'invisible.

 

Je suis brasier sur le rivage,

 

L'ancre de mon voilier

 

La toile de mes rêves.

 

Je suis le berceau de mon royaume,

 

L'offrande confiée à la Croix

 

L'enfantement du nouveau monde.

 

 

 

 

 

Nathalie

 

Je suis l'enfant de Dieu, Saint-Didier été 2011

 

 

 

Je suis enfant de Dieu déposé dans le berceau de ses bras

 

Signature de mon abandon.

 

Je suis fille de Dieu présentée à l'eau du baptême

 

Reconnaissance inconditionnelle de son amour.

 

Je suis main de Dieu tendue dans les moments de désespoir,

 

Levier pour accomplir mon royaume.

 

Je suis cœur de Dieu déposé à la croix du sacrifice,

 

Lumière vivace et ardente de mon éternité.

 

 

 

 

 

Nathalie

 

Je suis l'arbre aux mille branches, Saint-Didier été 2011

 

Je suis l'arbre aux mille branches, refuge pour les oiseaux.

 

Les étoiles s'y suspendent en corolles étincelantes.

 

Je suis l'humus dans lequel puisent les racines de mon ciel.

 

Je suis l'enceinte des pierres monastiques, elles seront mon tombeau.

 

Je suis le chef d'œuvre des compagnons bâtisseurs.

 

L'offrande de millions de vœux à exaucer.

 

Je suis le temple vivant du Seigneur.

 

La jouissance du premier baiser.

 

 

 

 

 

Nathalie

 

Je suis pépites de chocolats, Saint-Didier été 2011

 

Je suis pépites de chocolats sur des gâteaux improvisés

 

Chants initiatiques des veillées nocturnes

 

Eclats de rires aux beaux jours.

 

Cracheur de feu pour éloigner les mauvais esprits

 

Je retiens ainsi les plus valeureux des compagnons.

 

Je suis l'eau des oasis

 

Nénuphars posés sur les marais

 

Goût d'aventures et de rencontres

 

Mère adoptive des exilés de leurs terres.

 

Je suis l'invisible flamme

 

Mon point cardinal

 

Souffle de ma liberté intérieure

 

L'Evidence du sens de ma naissance.

 

 

 

 

 

Nathalie

 

Je suis un vague à l'âme, Saint-Didier été 2011

 

Je suis un vague à l'âme dont les remous éprouvent les dentelles de la vie,

 

Un voyageur sans but et sans horizon avec pour bagages des rêves en latence et la frustration du temps qui s'écoule.

 

Je suis le regard éperdu qui cherche en vain une éclaircie, une voie, son filon d'or.

 

J'ai les pieds écorchés par ce voyage sans fin dans les jardins d'Alice,

 

Les poings ficelés par les barbelés de mes peurs.

 

Je suis prisonnière de mes idéaux, châteaux de sable d'un jour.

 

L'apathie me grignote centimètre par centimètre.

 

Le flot de mes larmes noie le courage et l'audace de ma jeunesse.

 

La tristesse gagne le niveau de mon cœur exposé à livre ouvert.

 

Je suis l'au secours qui tente d'éviter le court circuit fatal des regrets, de la démission et de l'amertume, signes de vieillesse.

 

 

 

 

 

Nathalie

 

Je suis le sable..., Saint-Didier été 2011

 

 

 

Je suis la voyageuse des espaces habités

 

La foudre qui brise les chaînes

 

Le fracas des vagues de l'Atlantique

 

Le drapeau dressé au clairon de la victoire

 

La falaise qui porte le regard au lointain.

 

 

 

Je suis le sable sur lequel reposent les châteaux forts

 

Le cristal des glaces millénaires

 

Le sourire qui s'échoue sur les joues

 

Le linge frais doux au sommeil

 

La grotte secrète des pirates.

 

 

 

Je suis le silence des chapelles endormies

 

Le velouté de la pêche dorée par le soleil

 

La rose du bouquet de la mariée

 

La prière qui s'échappe de mes lèvres closes

 

L'ultime jouissance des amants enlacés.

 

 

 

 

 

Nathalie