• Marie Milis à Lausanne 30 novembre 2008

    Je suis un nuage perlé de pluie dans un ciel suspendu.
    Je suis promesse pour les terres arides.
    Je suis la bruine légère des pays humides.
    Je suis l’intuition du souffle

    Qu’Elie entendit au-delà des illusions

    De la bourrasque, du tonnerre et du vent.
    Je suis la caresse qui apaise,

    La tendresse qui éveille,

    La source d’où jaillissent la vie et la lumière.
    Je suis le zéro primitif,

    L’expérience féconde de l’absence,

    Le potentiel de l’immatériel,

    L’éclosion de la conscience des liens.
    Je connais le langage des relations.
    Vigile je suis émerveillée du tout,

    Du rien dans le tout, du rien qui est tout,

    Du tout qui n’est rien :

    Cette vibration de vie qui porte chacune de nos incarnations.
    Ma vénération crée le monde.
    Je suis puissance créatrice,

    Co-créatrice de l’univers.
    Maillon essentiel à son accomplissement.
    Je suis toi, je suis moi, je suis nous.
    Je suis cette permanence qui nous relie,

    Cette coopération primitive, ce réseau de vivance.
    Je suis cette filiation qui abolit les races,

    Les critères, les sanctions, les séparations, les compétitions.
    Tout l’univers m’est donné en héritage.

    Mon cerveau capte sans effort les savoirs universels.

    Tout m’est donné à l’aulne de ma disponibilité.
    Là où je suis accueillante, je perçois les clés

    Des savoirs les plus élaborés. Je sais.
    Je suis aussi la chiffonnée d’un soir d’automne.
    Ma poussière masque les miroirs

    Je prends alors ma tasse de thé

    Pour un Atlantique où je me perds dans une coque de noix.

    Que ma raison pérore

    Et tous les murs parjures se redressent en moi

    Pour prouver l’évidente impossibilité de l’immense qui m’habite…
    Et me frôle de temps en temps.

     

    Marie à Lausanne  29 11 08

     

     

    Derrière le vide apparent du silence, la vie grouille de toutes parts et c’est alors, avec pudeur et émerveillement, qu’on saisit la pensée poétique

     

    Percevoir la grande musique du monde dans un « éclat de bourgeon ». Quelle puissance, quelle connaissance savante, quelle complexité dans le « presque rien » d’un bourgeon ! Cette communion charnelle avec la nature, cette ritournelle qui recommence, de plus belle et à profusion chaque saison, nous fait comprendre que la vie ne meurt jamais.

    Accueillir sur le pas de sa porte la beauté du monde, libre et sans entrave, l’insouciance de l’instant.

     

    Fabienne Verdier La passagère du silence.