L'autolouange à l'école

Etre graphiste, c’est traduire des mots en images.

Etre professeur d’arts plastiques, c’est, entre autres, créer des liens entre les mots et les images. Les lier, les délier, les relier, les entre-lier, les métisser.

C’est échanger savoir et saveur de vie.

C’est pourquoi, telle une évidence, après la lecture du livre de Marie Milis, l’autolouange m’est apparue comme un outil efficace d’activation du processus créateur.

 

Je commence donc tout simplement le premier cours de l’année en proposant à chacun, y compris moi, de dresser un  « portrait chinois ».

La consigne est simple : en tant que professeur je prends la parole et dis « Si j’étais… »  et chacun d’écrire : « Je serais… ».

Lors de la mise en commun de nos portraits, j’invite les élèves à se mettre en cercle, assis sur leur chaise. Un élève se propose pour commencer le tour de parole. C’est la découverte.

 

Le cours d’après, m’appuyant sur ce portrait chinois, je suis arrivée en classe avec des CD empruntés à la médiathèque…Quel ne fût par leur étonnement en entendant les musiques connues, et de me dire : « Madame, vous connaissez ces groupes ? »

Nous avons donc écouté différents styles musicaux tout en travaillant.

 

L’étape suivante, a été de passer du « Si j’étais, je serais », en « Je suis ».

J’ai donc fait appel à l’autolouange.

Qu’est d’autre l’autolouange si ce n’est une manière de tracer, d’inscrire, de se nommer, de se rêver, pour ensuite être reconnu.

C’est aussi dans cette logique d’approche que j’ai d’emblée abordé la technique de la gravure.

 

Creuser en délicatesse, nuancer ou inciser, tracer. Créer un dessin ou une image qui soit son logo, son signe de reconnaissance, son image de marque tout au long de l’année.

Se nommer autrement que par un nom, surprendre. Mieux se connaître et se reconnaître.

Se présenter, éveiller, s’ouvrir.

 

L’autolouange glisse dans le cours tel un fil qui passe, repasse, se noue et repart pour nous dépasser. A la fois elle apaise et relance la dynamique du groupe. Elle est bénéfique à la création artistique. Comme un éveil à l’universel.

Depuis le début de l’année, j’ai proposé à trois reprises des autolouanges à mes élèves. Parfois, se sont eux qui me demandent d’en faire.

A ceux qui ne trouvent pas d’inspiration pour écrire, je leur demande de se joindre à la proclamation de l’autolouange par un geste. Je me souviens d’une d’élève dont les mains croisées sur le cœur, lentement se sont ouvertes en papillonnant pour simuler l’envol du bout des doigts.

 

Je constate les bienfaits de l’autouange : les rires, la découverte de l’imaginaire de l’autre, la complicité, la fierté d’être dans la classe de celui qui a parlé, le respect, la motivation. L’autolouange renforce le collectif et installe élèves et professeur dans un discours humaniste.

Il n’y a pas de jugement. Juste des êtres humains qui tracent ensemble…

 

 

L’année prochaine, d’autres élèves se présenteront à moi. D’autres personnalités, de nouveaux portraits « chinois » m’apporteront de nouvelles saveurs.

Le cours suivra son cour…L’empreinte tout aussi tangible et creusée de nouveaux sillons.

Ne sommes-nous pas des passeurs ?

 

Françoise Deleu

Graphiste

Professeur d’arts plastiques

 

 

 

 

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