Profondeville - Valérie

Mon autolouange…

Je suis la douce indolente, de ces femmes qui dans les tableaux d’Ingres restent allongées dans la confortable éternité du sofa. Mon corps est lourd et ample dans la moiteur de l’après-midi. Ma chair engourdie est incapable de la moindre initiative.

Je ne suis ni là ni ailleurs, je suis ici.

Je ne viens de nulle part, je n’irai à aucun autre endroit.

Je n’ai strictement rien à faire, rien à regretter, rien à projeter.

Je suis et je vis.

Ce que je savoure abondamment.

Je m’abandonne.

Je suis la seule autorisée à m’abandonner.

J’en éprouve un plaisir proche de l’extase.

Ma conscience somnole en ronronnant. Le chat endormi, les souris dansent. Mon âme voyage dans mon corps au hasard de ses envies, au gré de ses fantaisies.

Il n’y a plus ni temps ni espace.

Je suis l’Univers qui se pose, le rythme de la Terre qui se repose.

Mon corps étalé sur le divan t’est grand ouvert. Si tu te débarrasses de tes chaussures et de tes soucis, tu es le bienvenu. Si tu t’allèges de tes vêtements, si tu ôtes ton masque, tu pourras te fondre dans la masse de nos corps. Je suis l’Unité retrouvée, le baiser absolu.

Lorsque j’étais fatigue, je rêvais d’être active. De rêve en rêve, je suis devenue Le Rêve. Je suis Le Rêve où il ne se passe rien. Je suis L’Instant : pur de toute exigence, vierge de toute attente.
Que la maison s’écroule, elle ne m’atteindra pas.

Je suis La Vie que rien n’agite, le souffle qui vibre sans broncher, la voix qui muse, s’amuse gentiment du silence.

Je suis.

Valérie

 

 

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