• Je suis rose carmin, 28 juin, Marie

    Je suis rose carmin

    Eclaboussée de joie

    Rayonnante de lumière

    .
    Je ne capte pas la lumière,

    Je suis la lumière.


    Frisselis de pétales moutonneux,

    Elixir sublime de courbes en goguette,

    Je suis la danse de l’instant,

    La méditation de la patience,

    La jubilation de l’inutile,

    L’absolu de l’imparfait au-delà du parfait.


    Une goutte de pluie trop insistante

    A froissé ma corolle.
    Un instant ma brillance a porté le voile

    Pour rejaillir plus intense en tous lieux.


    Je suis l’essence du rouge

    Au pantone de la vie,

    Le panache d’un bouton en fleur

    Sur la hampe élancée d’une tige

    Droite comme la flèche de la justice.


    Je suis belle et beauté.


    Des liserons envieux

    Parasitent mes élans et

    Couvrent mes pommeaux.
    Ils se nourrissent de ma gloire

    Et phagocytent ma vitalité.


    L’éclat de leur blancheur m’est un hommage

  • Au jardin du curé, 28 juin, Marie

    Je suis le coquelicot qui danse dans la brise.

    Je suis semence de pissenlit surfant sur le vent.

    Je suis graine de myosotis perlée de pluie.

    Je suis l’infime, je suis l’immense.

    Je suis le ciel et la voie lactée,

    Le fond des océans et les hauteurs himalayennes.


    Je suis le souffle concentré en un point

    Et vibrant à taille d’univers.


    Je suis l’émue d’une fibrille de paille

    Posée en équilibre sur un brin d’herbe.

    Où que mon regard se pose,

    Je m’extasie sans cesse qu’il y ait cela

    Plutôt que rien.


    Certains soirs il m’est difficile

    D’avoir assez de confiance en la vie

    Pour ne pas hurler :

    Réveillez –vous, regardez tout ce que

    La nature nous offre,

    Tout ce que nos cultures ont créé,

    Tout ce qui est menacé par la bêtise et la cupidité.


    Je suis celle qui apaise Kali,

    Mange sa colère et

    Engendre des voies fécondes

    De retour à soi et d’émerveillement conscient.


    Je suis l’alchimiste des composts transgénérationnels et transcontinentaux.


    Auprès de moi les écartés retrouvent insertion et dignité,

    Les nuls découvrent leur pouvoir d’amplifier

    L’existence des « 1 » qui les précèdent

    Et négocient dorénavant équitablement

    Leur génie de n’être pas premiers.

     

    Je suis la patiente révélatrice des talents enfouis,

    La mathématicienne au cœur généreux qui ne sait pas compter

    Et encaisse sans brocher la malveillance

    Des frustrés de l’art des nombres

    Qui voient une menace dans mon savoir

    Dont je ne fais pourtant aucun secret.


    Je suis l’amie fidèle qui n’oublie ni n’abandonne.


    A plat sur la terre nue,

    Je suis la force de tenir au creux des tempêtes

    Et la confiance en l’universelle bienveillance.

     

  • Je suis le saule solitaire, Marty

    Je suis le saule solitaire au milieu du jardin.

    Cette année, je suis un peu défeuillé. Je n’ai pas produit comme d’habitude.

     

    Croyez-vous que je m’essouffle, que je me meure lentement, qu’il va falloir bientôt m’abattre ?

     

    Mais non voyons, détrompez-vous : je me repose un peu, je reprends corps et âme; je me refais une âme pour la prochaine saison.

    Je me mobilise en douceur, en profondeur. Je lèche et lisse mes ailes pour qu’adviennent des plumes neuves. Voilà, c’est ça, je me remplume.

     

    Je suis le saule souple aux racines profondes, bien larges et étalées. Au printemps nouveau, je le sais très bien, j’aurai repris mon envol. Comme tous les arbres du jardin.

    Je le sais tellement bien puisque, déjà, la sève me remonte.

     

    J’étais en convalescence.

     

    Je suis le saule imperturbablement tenace, le fort dans le fragile, le joyeux dans les tourmentes, le doux dans le rugueux, le si nu en apparence.

     

    Je suis vivant.

     

     

     

  • La fleur au café de l'autolouange 21 juin, Marty

    Je suis ce parasol si rose et lumineux: un phlox au goût et à l’odeur étrange, entêtante parfois.

     

    Certains de mes pétales se sont déjà fanés; cela s’est passé si vite, je n’ai pas pris le temps de m’en rendre compte.

    Comme de ce temps maintenant déjà fini de ma vie.

     

    D’autres sont là, bien ouverts, mais, je ne sais pas encore pourquoi, je les vois mal, comme en retrait.

    Comme en suspens. Comme en attente aussi.

     

    Seul mes boutons prêts à éclore me fascinent aujourd’hui.

    Est-ce ça l’espérance, un espoir de résilience ?

    Est-ce le signe que, enfin un jour, bientôt, la vie va repartir ?

    Ou est-ce aussi, surtout, la peur, la terreur même                                                                                        qu’ils puissent se faner avant  même qu’ils n’éclosent ?

     

    Au fond de moi pourtant, comme une certitude, une rage contenue :                                                        mes racines sont solides, juste très bousculées par un souffle violent.

    Un raz de marée m’a secoué.

    Est-ce à cause de lui que ces petits boutons fragiles sont plus roses qu’avant ?

     

     

  • La fleur au café de l'autolouange 21 juin, Elisabeth

     

    Ton nom, je ne le connais pas

    mais du cœur

    tu montes

    tu montes.

    Et, dans un même mouvement

    - si profond -

    tu descends.

     

    Pistil aimé,

    du cœur arrimé,

    du cœur enfoui,

    épanoui,

     

    reçois ce présent.