• Dans la nuit noire, Marie

     

    Dans la nuit noire, je danse mes songes,

     

    Tourmente mes draps, disperse mes atours,

     

    Gesticule mes élans, trouble mes mémoires

     

    Et reformate le disque dur de mon cerveau.

    Saute en l’air allongée, je martèle l’obscurité

     

    De la pointe de mes pieds aériens

     

    Au bout de mes ongles griffus et préhensibles.

    Au théâtre de mon inconscient,

     

    Je suis l’acrobate aux milles prouesses

     

    Pour dire par mes mouvements libres et déliés

     

    Ce que je tais à la lumière du jour.

    Je suis l’esprit des grands sauts,

     

    La puissance d’évocation d’un corps tout entier propulsé,

     

    Langage visuel d’un passé revisité.

    Fille de Cendrillon, je mute le labeur en fête,

     

    L’opprobre en dignité, les guenilles en nudité kayapos.
    En moi alterne la lutte contre les fantômes pervers

     

    Et la manifestation glorieuse de la lumière de mon être.

    Je suis l’athanor divin où fondent les plombs de mon destin

     

    Et s’élaborent les ors de ma destinée.
    Humble et hautaine, je suis l’émergence de vérités universelles

     

    Qui se donnent par le chenal du je, en toute humilité.

     


    Je suis un manifeste à la gloire de la Création

     

    Et de l’inépuisable résilience qui de chaque humain

     

    Fait un quêteur d’essentiel.

     


    Je danse et je joue, je fête et je jubile

     

    Donnant à mes jours l’audace de mes nuits.

    Marie

     

    Lille 28 septembre 2011

     

  • Je suis tourbillon d'écume, Bénédicte

     

    Je suis tourbillon d’écume et volutes neigeuses,

     

    Je suis mouvement puissant qui brasse et façonne,

     

    Je suis repli, je suis ressac, je suis tumulte,

     

    Je suis élan indomptable et sauvage,

     

    Je suis force galvanisée, je suis lame de fond,

     

    J’envahis, j’engloutis, j’éclabousse,

     

    je suis secousse sismique qui se cogne aux montagnes,

     

    je suis montagne stable et inaltérable,

     

    je suis granit, je suis marbre, je suis solide,

     

    mes flancs accueillent les flots déchainés sans frémir,

     

    je suis arrête, je suis ravin, je suis tranchant,

     

    je suis alliance du tranchant et du fougueux,

     

    je m’éclate contre l’obstacle en ballet somptueux,

     

    je suis blancheur éclatante et bleu profond,

     

    je suis perspective large et apaisée,

     

    je suis grands espaces ouverts sur l’horizon,

     

    je suis nuée d’oiseaux volant en escadrilles,

     

    je suis lumière immaculée,

     

    je suis beauté époustouflante de la nature sauvage,

     

    je suis tourbillon paroxystique vers un gouffre intérieur,

     

    je suis mystère, je suis élément inspiré,

     

    je suis fureur assourdissante et silence habité,

     

    je suis la vie.

     

    Bénédicte, Lille 28 septembre 2011

     

     

  • Je suis un animal au poil doux, Céline

     

    Je suis un animal au poil doux, tout en fouillis.

     

    J'ai la tendresse sauvage.

     

    Je peux être un refuge si on m'approche doucement.

     

    Je ne veux pas qu'on m'attache.

     

    Je ne suis à personne.

     

    Je suis un animal blessé et je vous regarde attentivement.

     

    Je regarde intensément.

     

    Il y a de la tristesse dans mes yeux.

     

    Il y a aussi de la douceur.

     

    Je sais les blessures de chacun.

     

    Je ne veux aucun mal.

     

    Et je porte toujours un sourire.

     

    Un sourire léger, bienveillant.

     

     

     

    Je ne suis pas d'élevage.

     

    Je suis lama des montagnes.

     

    Je suis libre d'aller et venir.

     

    J'épouse les saisons, les reliefs, les absences.

     

    Je suis seul maître à bord dans ma vie d'aventure.

     

    Je suis animal modeste mais j'ai le coeur fauve et je tiens bon, toujours.

     

     

     

    Je suis seul souvent.

     

    Je suis un peu farouche.

     

    Et pourtant j'aime qu'on m'approche, qu'on me touche, qu'on m'encourage, qu'on me bouscule gentiment.

     

     

     

    Je suis noble et plein de force en dedans.

     

    Personne ne le sait, ne le reconnaît.

     

    Mais moi, je suis droit, je me tiens debout, la tête dressée vers les airs, les oreilles aux aguets.

     

    Et je vous regarde très fort.

     

    Et je me nourris de vous.

     

     

     

    Je suis le lama d'élevage qui s'est sauvé. A cassé la clôture, les entraves.

     

    Je suis le lama blessé qui cherche en marchant à retrouver sa dignité.

     

    Je suis digne et doux.

     

    Je suis sauvage et farouche.

     

    Je suis simple et humble.

     

    Je suis là. Près de vous.

     

    Je suis présent.

     

    En secret, je veille sur vous.

     

    Par mon sourire, mon regard et mon poil doux.

     

     

     

    Céline, Lille 28 septembre 2011

     

  • Je suis seule au monde, Bénédicte

     

    Je suis seule au monde dans la pénombre étoilée,

     

    Je suis face au rien, au désert, à l’inhabité,

     

    Alors seule dans ce néant,

     

    Je me redresse sur mon séant,

     

    Et dans une attitude de parfaite rectitude,

     

    Je m’installe en toute quiétude,

     

    Et le nez en l’air en équilibre,

     

    Je jongle avec la terre promise,

     

    Je l’ausculte, l’observe, la retourne,

     

    Fascinée de comprendre comment elle tourne,

     

    Comment elle prend la lumière,

     

    Si elle va en avant ou en arrière,

     

    Et miracle, j’atteins ce point de stabilité,

     

    Où d’un coup, tout me semble parfait !

     

    Plus un souffle, plus un bruit, plus rien ne bouge,

     

    Mon esprit se calme, s’apaise, s’unifie,

     

    Et ce qui, il y a peu, me paraissait vide

     

    Devient monde de grâce, de beauté et de vie.

     

    Et moi, animal à quatre pattes, longues oreilles, fourrure blanche,

     

    J’ai muté en pilier du monde comme par jeu,

     

    attirant la lumière et le silence

     

    dans une posture de sublime élégance,

     

    honorant le monde tel qu’il est,

     

    là où je suis, avec ce que j’ai !

     

     

     

    Lille 28/9/11. Bénédicte

     

  • Je suis le retour aux sources, Céline

     

     

    je suis le retour aux sources

     

    la pierre sèche, le lézard au soleil

     

    qui apparaît-disparaît

     

    je suis la fontaine de jouvence,

     

    jeunesse éternelle,

     

    celle qui garde le jus de l'enfance,

     

    protège l'insouciance

     

    je suis la fontaine inespérée

     

    je suis l'eau au coeur du village assoiffé

     

    je suis l'eau : fraîche, pure, généreuse

     

    je suis le miracle attendu

     

    l'oasis impromptue

     

    je suis la source de joie

     

    profonde où qui veut peut puiser

     

    j'abonde

     

    je suis le sourire rendu

     

    le plaisir retrouvé

     

    je suis la promesse ardente

     

    d'un après-midi d'été

     

    je suis partages, rires, éclaboussures

     

    fous rires

     

    je suis bonheur tout entier

     

     

     

    je suis grâce

     

    je suis source divine

     

    je suis bénie des dieux

     

    je suis noyau au coeur du village

     

    je bats la mesure de chaque vie

     

    je suis l'essentiel

     

    je suis le pouls qui bat

     

    je tends toujours mes bras

     

    je suis ventre gonflé

     

    je donne nourritures terrestres et célestes

     

    je ne laisse personne assoiffé

     

    abandonné

     

    je suis plaisir sensuel absolu

     

    par chaleur de mois d'août

     

    je suis celle qu'on ne croyait plus

     

    je suis promesse tenue

     

    je suis la cascade qui palpite

     

    je suis le ruisseau qui gargouille

     

    je suis la rivière au repos

     

    je suis la fontaine du village

     

    je suis le village tout entier

     

    je suis chaque porte, chaque fenêtre, chaque maison

     

    je suis toutes les pierres, taillées, usées, touchées

     

    je suis toutes les traces des ancêtres

     

    je suis l'ombre et le soleil

     

    je suis le ciel bleu sans nuages

     

    je suis le mur blanc bombardé de soleil

     

    je suis l'homme qui se repose derrière les volets clos

     

    je suis le silence bienveillant

     

    je suis la transparence,

     

    l'inaudible

     

    je suis le subtil

    je suis le talent à naître

     

    je suis la beauté à déposer

     

    je suis la joie à transmettre

     

    Céline, Lille 28 septembre

     

     

     

     

  • Je suis une drôle de tête, Bénédicte

     

    Je suis une drôle de tête comme une bouche ouverte,

     

    Je suis cette béance, cet appel, ce cri,

     

    Je suis grande ouverte pour aspirer à fond

     

    Le souffle de la vie qui nourrit mes cellules.

     

    Je suis poterie bleue, œuvre d’art unique,

     

    Je suis bizarre, étonnante, excentrique,

     

    Je suis stable et au sol bien calée,

     

    Je me pose comme un triangle sacré,

     

    M’offre au regard dans ma bizarrerie,

     

    Simple, nature,sans forfanterie,

     

    Je suis regard perçant, oreille percée, oreille cassée,

     

    La vie de coups ne m’a pas épargnée,

     

    Et ma couleur au soleil est passée ;

     

    Dans ces aspérités , je trouve beauté, unicité,

     

    D’objet bizarre, je deviens trésor,

     

    Qui me projette dans un monde à part,

     

    Où je trouve des dimensions nourricières,

     

    Sans rien faire !

     

     

     

    Lille, 28/9/11. Bénédicte

     

  • Je suis entrée dans l'outre-mer, Céline

     

    Je suis entrée dans l'outre-mer

     

    J'ai ouvert grand ma gueule et avalé tout ce que j'ai pu de sels, de bleu, de force

     

    Je suis devenue un monstre géant, un pied sur chaque continent

     

    Mon corps est suspendu au-dessus de l'Atlantique

     

    Je suis tout et rien

     

    Je suis une mythologie nouvelle

     

    Fille d'Europe et d'Amérique

     

    Je charge les bateaux d'amertume

     

    Je souffle le désordre

     

    et malmène la mer étale

     

    Créature légendaire encore méconnue

     

    Je cherche le point d'équilibre

     

    où plus rien ne comptera que le bleu

     

    Quand je suis seule, je ferme les yeux

     

    J'attends mon heure comme les anciens ont attendu l'âge d'or

     

    Ce jour-là, les dieux m'accueilleront sur l'Olympe

     

    Je n'aurai plus à chercher ma place

     

    Je connaîtrai mon rôle

     

    Je le jouerai corps et âme

     

    Mi-dieu, mi-femme

     

    Dans un équilibre parfait

     

    Je rendrai les armes

     

    et serai en paix.

     

     

     

    Céline

    Lille, 28 septembre 2011