Ateliers autolouange à Roubaix, Chantal Ngarambe

Ateliers autolouange au  Lycée Jean Moulin de  Roubaix / France

 

1/ Le lycée Jean Moulin

Premier lycée de la métropole lilloise à expérimenter la démarche pédagogique de l’autolouange, le lycée Jean Moulin est parmi les établissements dont les résultats dépassent les attentes de  l’académie de Lille. L’équipe pédagogique est stable et hautement méritante, mais elle fait face à un défi de taille, celui d’accueillir des élèves dont les incivilités et la violence posent un vrai problème. Le début de l’année scolaire 2016/2017 est en effet marqué par des grèves du corps enseignant, excédé par ces comportements. La classe de seconde technologique à laquelle sont proposés les ateliers d’autolouange ne déroge pas à cette règle.

 

2/ Choix de l’autolouange par le lycée Jean Moulin

L’initiation à l’autolouange a été lancée dans la ville de Roubaix par Marie Milis sur invitation de l’association Chœur de Femmes qui en a fait la promotion dans cette ville, impressionnée par les résultats obtenus par Marie Milis dans les écoles de Belgique et au-delà. Mathématicienne et anthropologue belge, Marie Milis est aussi formatrice et enseignante. Elle a utilisé l’autolouange dans ses classes en Belgique auprès d’élèves qui, en retrouvant confiance en eux-mêmes, ont retrouvé aussi le goût des apprentissages, et dont le comportement général s’est amélioré.

 

3/ Chœur de Femmes et le Lycée Jean Moulin

C’est par l’intermédiaire de Chœur de Femmes que le Lycée Jean Moulin a fait appel à Marie Milis une première fois en 2016, pour des ateliers de découverte de l’autolouange et l’intérêt de ces ateliers pour le lycée fut avéré. Et quand en janvier 2017, le lycée Jean Moulin contacte de nouveau Chœur de Femmes, cette fois-ci l’association envoie 2 de ses membres formées entretemps par Marie Milis à l’animation de ces ateliers,  à savoir Adeline Flipo et moi-même, Chantal Ngarambe.

 

4/ L’autolouange

Technique millénaire, ancestrale et universelle, l’autolouange permet à chacun de recontacter sa propre vérité, de retrouver son énergie et une motivation puissante. Marie Milis la définit comme une parole amplifiée obligatoirement en « JE ». Elle a découvert l’autolouange par un de ses amis, Jean Kabuta, conférencier congolais qui lui a parlé de l’autolouange africaine. Et, après des recherches et des années de pratiques, elle l’a enrichie.

C’est tel que bonifié par Marie Milis que nous avons présenté cet art de la relation. Il comprend en général 2 parties : une partie où, aidé de supports variés, on cherche à accueillir ce qui spontanément veut s’exprimer de soi, et où on le couche sur papier (ou pas) ;  et une autre où on proclame son texte devant un auditoire.

Personnellement, j’ai grandi au Rwanda où l’autolouange est encore vivante et prend la forme d’IKIVUGO (auto-poésie) avec toujours la finalité de rehausser l’estime de la personne qui proclame ses hauts faits, devant une assemblée admirative. Cette auto-poésie est purement orale, ne concerne que les hommes et la proclamation se fait avec des pas de danse.

C’est tout naturellement et avec un immense plaisir que je partage cet héritage culturel qui prend des formes variées selon le lieu où il s’exprime, mais dont l’efficacité est évidente partout.

 

5/ Déroulement des ateliers au Lycée Jean Moulin.

Animées par la volonté de rehausser l’estime des élèves pour eux-mêmes, de favoriser une cohésion dans la classe et une confiance entre les élèves et pour le corps enseignant,  Adeline Flipo et moi-même, nous sommes présentées au Lycée Jean Moulin au début de cette année. Notre intervention s’est déroulée sur 3 matinées : le 26/01, puis les 02 et 09 février 2017. Le choix d’espacer les ateliers d’une semaine laissait le temps aux élèves et aux membres de l’équipe pédagogique (participants aux ateliers en même temps que les élèves) de s’imprégner progressivement des bienfaits de cette méthodologie, et d’en ressentir les bénéfices.

Nous avons insisté pour que les deux (élèves et équipe pédagogique) participent sur le même pied d’égalité, ce qui est inhabituel dans les classes. Nous voulions de cette façon créer des liens authentiques et de confiance entre les élèves et l’équipe pédagogique et poser des bases d’une meilleure coopération dans le futur. 

Nous avons divisé la classe de 30 élèves (quand ils sont au complet) en deux : une partie commençait la partie écrite avec Adeline et une autre avec moi ; puis, au moment de proclamer les autolouanges, la classe était de nouveau réunie.

 

6/ Ma démarche

J’ai d’abord expliqué aux 13 personnes (9 élèves, 3 enseignants et la documentaliste) faisant partie de mon groupe que l’atelier auquel elles allaient participer ne donnait pas lieu à une notation, mais invitait chacun à être bienveillant envers soi-même et les autres. Je leur ai fait comprendre que quelle que soit la pauvreté ou la richesse de notre construction sociale, une source d’égale richesse jaillissait en chacun de nous, et c’est cette source qu’on sollicitait pour l’atelier. Après la première consigne, je me suis mise à écrire en même temps que tout le groupe, mais je prévoyais aussi du temps pour circuler et répondre aux questions.

Le groupe a varié au cours des ateliers, ce qui m’obligeait à m’adapter en permanence et à répéter les attentes de cette intervention. La première proclamation a été une occasion de repréciser la consigne, et les séances suivantes ont permis de reformuler les textes avec amplification et de les faire valider chaque fois par la personne en lui demandant comment elle se sentait après une telle expérience. Quand une certaine fierté accompagnait la proclamation, je confirmai que c’était cette sensation qui est recherchée.  

 

7/ Une seule consigne et des supports variés.

La consigne est une : « écrire un texte en « je » avec amplification et sans mensonge ».

Avec cette consigne, nous avons utilisé des supports variés pour amener les participants à s’exprimer. Que ce soit la liste des qualités des animaux, des collages à partir des magazines et revues, puis des peintures d´Adeline, ces supports ont donné lieu à des phrases et des textes que les participants ont proclamé avec plus ou moins d’emphase ou de retenue selon le cas, mais l’authenticité et l’émotion étaient au rendez vous. A titre d’exemple, je détaille le support  utilisé lors du dernier atelier du 09 février, qui a donné lieu à une expression riche, car il était question de l’autolouange  de l’autre :

 

  • faire circuler une feuille avec votre prénom pour que chaque membre du groupe y marque les qualités qu’il vous reconnaît,
  • vous mettre à 2 et donner la feuille à votre binôme,
  • récupérer sa feuille et lui poser des questions sur lui, puis répondre à ses questions sur vous,
  • les questions peuvent porter sur son nom de famille, les qualités des membres de sa famille dont il est fier, sa ville natale, sa région d ces ateliers continuent de ie´ágnants ayant bebeficiatale, sa region d´origine, ses passions, ses héros, etc.
  • écrire une autoulouange avec ces informations (40 minutes pour les échanges et l´écriture) toujours en « je » en amplifiant, et proclamer son texte en regardant son binôme devant toute la classe.

 

Conclusion

Partager la richesse de l’autolouange pour la première fois avec un groupe si imposant d´élèves, qui n’en avait jamais entendu parlé, fut un grand défi que je suis fière d’avoir relevé. L’évaluation à chaud était encourageante, mais il reste à savoir  ce que l’institution va faire de cette expérience.

Il est prévu une évaluation d’ici quelques mois pour savoir si le groupe ayant bénéficié de ces ateliers en tire profit. Il était question que les enseignants ayant participé à ces ateliers continuent de les animer et de les valoriser auprès de ces élèves.

Chantal Ngarambe 07/08/17

 

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