Ce que les jeunes en disent

  • Application de l'autolouange durant mes stages, Laurence Moniotte

     

    Durant mes stages, j’ai eu l’occasion d’expérimenter l’autolouange avec des élèves d’écoles très différentes. En effet, ma première expérience se déroula dans une école réputée et dite élitiste. J’avais plusieurs classes de premières et deuxièmes secondaires générales, dont une classe où cela m’intéressait plus particulièrement d’expérimenter l’autolouange. Cette classe était une première année secondaire constituée uniquement d’élèves doubleurs. Au sein de l’école, elle était réputée faible et très remuante. D’ailleurs, l’enseignante responsable accepta de me donner cette classe uniquement pour mon activité d’estime de soi.

     

     

     

    Dès que je pris contact avec ces élèves durant des heures d’observation, je compris très vite qu’ils étaient en totale démotivation et dévalorisation d’eux-mêmes pour la simple et bonne raison que pour tous les enseignants c’était la classe des « mauvais élèves » dans tout le sens du terme. Sans doute, avaient-ils contribué à cette image. Je suis donc arrivée dans cette classe avec mon activité, ma surprise fut qu’ils étaient très attentifs (contrairement à leur habitude) et très curieux et avides de savoir en quoi cela consistait.

     

     

     

    La présentation que j’ai faite de l’activité était assez simple. J’ai écrit au tableau des pistes possibles dont ils pouvaient s’inspirer pour écrire leur autolouange (famille, surnoms, origines, événements…). Dans un premier temps, j’ai pris le mot autolouange et je leur ai demandé à quoi cela leur faisait penser. Très vite, j’ai eu les réponses attendues à savoir faire une louange de soi.

     

    Je leur ai expliqué qu’il s’agissait de parler d’eux en « sortant la grand-voile », en amplifiant leurs qualités, leurs dons, pas pour se mettre en avant, mais retoucher à ce que nous sommes vraiment en chacun de nous. Au début, ils ont eu une réaction un peu réticente, ils avaient l’impression que je leur demandais de se vanter et, effectivement, dans notre culture, ce n’est pas bien vu. Ils avaient également très peur de parler d’eux-mêmes, de se dévoiler et de devoir lire devant toute la classe.

     

     

     

    Très vite, j’ai calmé leurs craintes en invitant leur enseignante à faire le même exercice, en leur montrant que moi-même je me prêtais au jeu et surtout qu’il s’agissait de lire et d’écouter dans un très grand respect. J’ai donc instauré une sorte de contrat éthique, comme vu dans la partie théorique, qui permettait à chacun de se sentir respecté et sécurisé. Pour ce faire, j’ai simplement expliqué « les règles de jeux » avant de nous lancer dans l’écriture. Je leur ai également expliqué qu’il ne s’agissait en aucun cas de se vanter, mais plutôt d’aller chercher l’or qui est caché en chacun de nous. Je leur confiais que j’étais certaine qu’il y en avait en chacun d’eux.

     

     

     

    Petit à petit, chacun se prêta au jeu et finit par contagion (comme l’avait expliqué Marie Milis dans son ouvrage) à écrire son autolouange. Quelques fois, les élèves venaient me voir en me demandant de lire et de leur dire si c’était bien cela que j’attendais. C’est une très grande preuve de confiance de leur part sachant que je n’étais que stagiaire et que je ne passais que quelques heures avec eux. Je les rassurai donc et parfois je les invitais à exagérer beaucoup plus, car cela ressemblait trop à un simple portrait qu’à une autolouange. Durant l’activité, les élèves ont respecté la lecture de chaque texte, même si j’ai dû à quelques occasions rappeler à l’ordre l’un ou l’autre.

     

     

     

    Au final, j’obtins de chacun une autolouange et chaque élève lut son texte, ainsi que l’enseignante et moi-même à la fin. Les réactions furent fabuleuses. Chacun était surpris de la beauté de ce qu’il avait écrit (même l’enseignante) et curieux de découvrir les autres sous un nouvel angle.

     

     

     

     

     

    Ce petit groupe d’élèves qui avait été très divisé par diverses tensions forma une véritable cohésion. Leur évaluation de l’activité démontra d’ailleurs ce fait et l’enseignante me confia avoir changé l’image qu’elle avait d’eux.

     

     

     

    Pour ma première expérience, j’avais été vraiment touchée par cette classe et ses élèves qui étaient en grande difficulté scolaire et relationnelle. J’avais senti que cette classe était l’endroit rêvé pour tester l’autolouange. Ces élèves qui n’avaient plus aucune estime d’eux-mêmes à cause de leurs multiples échecs avaient enfin retrouvé un peu de motivation et d’estime. Malgré le peu d’heures que j’ai passées dans cette classe, j’ai senti que j’ai eu un rapport privilégié de confiance avec chacun des élèves.

     

     

     

    J’ai retenté l’expérience de l’autolouange dans une école où les sections professionnelles, techniques de qualification, techniques de transition et générales se mélangeaient. Durant ce stage, j’ai eu des classes de premières et deuxièmes secondaires générales et des quatrièmes professionnelles. J’ai pu alors comparer les classes qui se mettaient plus facilement à l’écriture et celles qui émettaient plus de réserves. Mes classes de premières et de deuxièmes se mettaient plus vite au travail, mais avaient plus tendance à faire le strict minimum alors que ma classe de quatrième professionnelle avait plus de réticences, mais lorsque ces élèves se sont livrés à l’exercice, ils ont écrit de très belles choses.

     

     

     

    Les réactions fréquentes que j’ai pu avoir étaient souvent liées à l’évaluation : est-ce que l’exercice va être côté, est-ce que l’orthographe compte ? Je ne fus pas vraiment étonnée de ces réactions. Le système scolaire pousse les élèves à la course aux points, et souvent les parents aussi ne s’intéressent qu’à cela. Ce fut l’occasion pour moi de leur rappeler que les points avaient une valeur indicative dans leur parcours scolaire, que c’était une manière de se situer dans leur développement cognitif, mais que ce n’est pas une finalité en soi. Je leur ai également expliqué que l’activité n’était pas évaluée et que le but n’était pas vraiment scolaire. De cette manière, je leur permets de laisser libre court à leur imagination, ils peuvent écrire ce qu’ils désirent du moment qu’ils respectent la consigne de l’amplification du « je ».

     

    Bien sûr, certains élèves ont vu l’absence d’évaluation, comme un « repos », il a fallu que je les pousse plus à se lancer dans l’écriture.

     

     

     

    L’autolouange m’a permis d’avoir un autre contact avec mes élèves, j’ai gagné leur confiance et leur respect en peu de temps. J’ai d’ailleurs gardé des contacts avec quelques-uns de ces élèves. Au sein des groupes classes, les rapports était beaucoup plus sains et agréables. Je me suis évidemment frottée à une classe plus réticente que prévu. J’ai alors amené au cours suivant la signification de chacun des prénoms des élèves en y ajoutant une phrase de louange que j’avais écrite moi-même sur chacun d’entre eux. L’effet fut très positif, les élèves ont eu beaucoup plus de facilités à se lancer dans l’écriture et ont gardé ma phrase comme un joyau sur la feuille.

     

     

     

    Évaluation de l’activité d’autolouange

     

     

     

    Évaluation de la classe de première générale composée uniquement d’élèves doubleurs dans une école dite « élitiste »

     

     

     

    J’ai aimé cet exercice parce que :

     

    -         cela fait du bien de parler devant les autres

     

    -         on peut livrer tout ce qu’on pense sur le papier sans jamais s’arrêter

     

    -         cela nous a permis de développer notre imagination

     

    -         grâce à celui-ci, on peut se remonter le moral

     

    -         cela nous fait réfléchir sur nos points positifs

     

    -         c’était un exercice très chouette et on pouvait partager des choses ensemble

     

    -         il m’a permis de découvrir que je n’avais pas que des défauts

     

    -         cela nous a fait réfléchir à ce que l’on pensait dans notre tête

     

    -         cela nous a permis de nous exprimer et de mieux nous connaître

     

    -         on comprend mieux les gens

     

    -         comme cela, on peut se connaître

     

    -         on a pu dire ce qu’on avait sur le cœur, nos malheurs et nos bonheurs

     

    -         parce que les poèmes je les adore, j’aime les mots

     

     

     

    Je n’ai pas aimé cet exercice parce que :

     

    -         il faut lire notre autolouange devant la classe et parfois on a un texte qui est difficile à comprendre et qui peut être interprété autrement

     

    -         cela en dit beaucoup sur notre vie (mais j’ai aimé)

     

    -         mon autolouange ne ressemblait à rien

     

    -         on devait passer devant la classe

     

     

     

    J’ai découvert :

     

    -         que sous le sourire des autres, on ressent leurs douleurs, leurs peines et que dans la vie de chacun, il n’y a pas que du bonheur

     

    -         que c’était difficile d’écrire ses qualités

     

    -         ce que les autres ressentaient

     

    -         que j’avais beaucoup de talent et peu de défauts

     

    -         que beaucoup de gens qui ont un sourire en vérité souffrent

     

    -         que les autolouanges leur appartenaient

     

    -         qu’on est soulagé lorsqu’on écrit

     

    -         les pensées des autres

     

    -         les autres, leurs hobbies et leur vie

     

    -         qu’il y a des gens biens dans la classe

     

    -         plein de choses sur les autres

     

    -         que les autres ont aussi des malheurs et qu’on n’est pas les seuls

     

    -         rien, j’ai l’habitude (de l’écriture)

     

     

     

     

     

     

     

    Cet exercice m’amène à penser que :

     

    -         les vrais amis ressentent vraiment ce que vous lisez comme si c’était leur vie

     

    -         je suis très/trop négative

     

    -         nous ne sommes pas rien

     

    -         je ne suis pas bête

     

    -         qu’il faut beaucoup réfléchir car vous nous avez demandé de surmonter nos souffrances et cela fait que nous les surmontons

     

    -         les autolouanges des autres étaient mieux

     

    -         la vie n’est pas si sombre

     

    -         à ce que j’ai dans la tête

     

    -         les autres enfants sont plus sympas que je ne le pensais

     

    -         tout le monde a déjà eu des souffrances

     

    -         je suis quelqu’un de bien

     

    -         j’ai beaucoup de qualités et je ne m’en rendais pas compte

     

     

     

    J’estime qu’il est important ou pas important de prendre conscience de sa valeur parce que :

     

    -         c’est important de prendre conscience de cela car les gens doivent exprimer leurs émotions

     

    -         on peut découvrir ce que les autres ressentent et on peut dire ce que nous ressentons aussi

     

    -         si on se rabaisse, on se croit nul, on se sous-estime, après, on ne saura jamais utiliser ses capacités

     

    -         pour vivre vaut mieux avoir conscience de sa valeur mais faut pas être vantard non plus

     

    -         on n’a pas que défauts

     

    -         dans la vie, on a tous de la valeur

     

    -         on n’est pas mieux que les autres, on est comme eux.

     

    -         nous avons plus confiance en nous et on comprend la souffrance

     

    -         on a eu des moments de bonheur, on sait ce que cela fait de l’avoir dans le cœur

     

    -         vivre dans l’ombre ou le négatif nous détruit, sans prendre conscience de ce qu’on est vraiment

     

     

     

    Ces évaluations permettent de comprendre que certains élèves saisissent toute l’importance et les bienfaits de l’activité et d’autres sont encore dans le jugement d’eux-mêmes et dans la comparaison. J’ai pu remarquer, durant mes stages où j’ai fait l’autolouange avec les élèves, que ceux-ci sont souvent subjugués de voir la beauté des textes de leurs camarades et ils se disent alors que leur texte ne vaut rien. La plupart du temps, ces élèves se trompent. Nous n’avons pas tous la même facilité à écrire, mais face à cet exercice, cela ne compte pas vraiment au sens où on peut écrire très simplement des choses très belles. Ce sont les images qui nous touchent, et j’ajouterai même que, souvent, ce sont les phrases les plus simples qui nous émeuvent le plus. Ce qu’il y a de génial dans cet exercice, c’est que non seulement on apprend à se donner des signes de reconnaissance positifs à soi-même, mais en plus en lisant face au groupe, on reçoit des signes de reconnaissance positifs de la part des autres.

     

     

     

    Les élèves qui écrivent dans l’évaluation de l’activité que leur autolouange ne ressemble à rien n’ont pas encore appris à accepter les signes de reconnaissance positifs, cette activité est pour eux le premier pas. Je pense d’ailleurs qu’il est utile de réitérer l’expérience plusieurs fois dans l’année à des moments clés (période avant les examens, période de tensions ou de stress…).

     

     

     

    À côté de cela, nombre d’élèves écrivent le bien-être qui est ressorti. Il explique leur étonnement face à ce qu’ils ont écrit et que les autres ont écrit. Ils se rendent compte qu’ils valent quelque chose et qu’ils sont dans un groupe classe où les autres sont intéressants à connaître.

     

    Certains parlent également de leur sortie de l’obscurité, ils reviennent petit à petit vers des choses plus positives. L’élève qui dit : « si on se rabaisse, on se croit nul, on se sous-estime, après, on ne saura jamais utiliser ses capacités » comprend tout le sens de l’autolouange. Le but dans les milieux scolaires est de redonner goût d’apprendre et de faire des efforts. Souvent, les élèves ne voient plus l’intérêt de faire des efforts pour réussir puisqu’on leur renvoie des images négatives d’eux-mêmes.

     

     

     

    L’élève qui explique : « on n’est pas mieux que les autres, on est comme eux » donne aussi du sens à l’activité, car le but n’est pas de se vanter, ni de se mettre avant. Ces élèves de premières ont découvert que leur classe n’est pas une classe « poubelle », qu’ils avaient de la valeur et les moyens pour réussir à condition de le vouloir. Ils ont aussi compris que souvent on est victimes du regard de l’autre sur soi et également que nous sommes très mauvais juges de nous-mêmes.

     

     

     

    Je conclurai de ces évaluations que la majorité des élèves se lancent à l’aveuglette dans cette activité sans trop savoir où cela va les mener et en ne comprenant pas tout à fait les tenants et aboutissants. Ils sont ensuite agréablement surpris des bienfaits que cela leur apporte et beaucoup gardent leur texte comme un trésor de découvertes sur eux-mêmes. Il reste une minorité qui a plus de difficultés à se lancer et qui reste malheureusement plus dans la comparaison des autres et dans la peur du jugement. Ceux-là seront peut-être plus tirés la prochaine fois par le groupe. Tout le monde ne peut être réceptif à l’autolouange, il s’agit aussi à l’enseignant de l’accepter. Certains élèves refusent même d’écrire ou sont absent leur jour où il faut lire le texte, ces manœuvres d’évitement, il faut les accepter, car une autolouange forcée n’a pas de valeur.